Je me souviens de ce Noël, en 2006, quand j’ai passé 26 heures sur le plancher de ma cuisine. J’avais beau essayer, mais j’étais incapable de me relever. À un moment, je me suis dit : si jamais je réussis à me lever, il va falloir que j’en fasse une pièce de théâtre.
Ce qui m’avait jetée au plancher était une série d’évènements peu croyables : mon frère a donné naissance à une petite fille et il voulait que nous trois formions une famille ensemble. Quand j’ai refusé, il a donné le bébé à quelqu’un qu’il a trouvé sur Internet. Je pourrais essayer de rendre ces faits plus plausibles en expliquant que mon frère est transgenre et qu’il a la même chimie que ma mère : deux parties bipolaires avec une partie schizophrène. Je pourrais parler de mon enfance, comment je suis devenue responsable de ma famille très jeune… Mais déjà, je sens la frustration que ces étiquettes engendrent. Ceci n’est pas une histoire de définitions. C’est une histoire de redéfinitions.
Je me suis finalement relevée du plancher et j’ai commencé à écrire. Ça m’a pris deux ans. Je savais qu’il fallait que je raconte cette histoire, mais je ne pouvais pas. J’étais pétrifiée. Un jour, j’ai déclaré à mon père que j’étais diabolique, que j’étais en train de cannibaliser ma famille pour avoir un public. Et puis là, j’ai trouvé Jeremy. Il possède le meilleur don qu’un metteur en scène peut avoir : il inspire la confiance. Quand j’arrêtais, pendant les répétitions, pour dire que le monde ne voulait pas entendre ce que j’avais à dire, il me disait; « je fais partie du monde et moi, je veux l’entendre ». Alors, je mettais mes peurs de côté et je continuais.
Je suis très contente et reconnaissante d’avoir continué, parce que quelque chose de surprenant s’est produit lors de la première : les gens se sont vus dans mon histoire. Des personnes venaient me voir après le show, me serraient dans leurs bras et me remerciaient. Je me sentais utile.
Johanna Nutter, auteur